Il était, la semaine dernière, président du jury de la 21e édition du Festival international du film fantastique de Gérardmer. Erreur de casting ? Pas du tout. Jan Kounen s'est toujours présenté comme un fan de SF, au point de lui consacrer dix années de sa vie. Aujourd'hui cinéaste reconnu, il ne manque pas une occasion de revenir à ses premières amours. En 2012, il endossait ainsi le rôle de parrain de la Samain du cinéma fantastique de Nice, organisée par Les Méduses.
La rencontre date d'il y a plus d'un an ; les propos restent atemporels.

 

Quel lien entretenez vous avec la SF ?
Elle reste ma source première d'inspiration, tant elle ouvre à un imaginaire foisonnant. J'ai démarré le cinéma avec ce genre-là. Presque tous mes courts-métrages sont d'ailleurs fantastiques. Je n'ai hélas pas pu y revenir dans mes longs-métrages.

Pourquoi avoir fait des études d'art à la Villa Arson ?
À l’origine, je voulais être dessinateur de BD. C’est la raison pour laquelle je suis entré aux Arts déco. J’ai été forcé à faire du cinéma en quelque sorte : c’était l’exercice de la semaine. Et je me suis rendu compte que c’était un bon moyen pour raconter des histoires. Une école d’art permet une plus grande ouverture qu’une école de cinéma. Quant à la technique, je l’ai apprise sur le tas. Nous avions tout de même du matériel, et les profs nous apprenaient deux-trois trucs. Moi, je faisais le chef opérateur pour apprendre à manier la caméra. Ca ne m'empêche pas d'avoir aujourd'hui un projet titanesque de film d'animation. (Windwalkers ndlr)

Avez-vous gardé des attaches ?
Beaucoup d’anciens de l’école travaillent dans mon équipe. J’ai gardé des relations avec certains d’entre eux, tels que Philippe Ramette. Globalement, on s’est tous serré les coudes. Marie-Hélène Sulmoni, chef décorateur de Coco Chanel & Igor Stravinsky vient de la villa Arson. Ma compagne avec qui je coréalise était, elle, dans le département environnement.

Azuréen et révolté. N’est-ce pas paradoxal ?
C’est dans les écoles de Samaritains que naissent les rebelles. La contrainte éveille la transgression. À Nice, on risque l’endormissement, c’est le danger de la qualité de vie. Il fait presque trop beau. On se met en terrasse et on se laisse vivre. Mais à un moment, on se réveille. Si on a de l’ambition et une volonté d’aventure, on casse quelque chose et on part. À Paris, pour moi. Parce qu’hélas le cinéma français est très parisien. Avec le même climat que sur la Côte d’Azur, les villes comme Sydney ou Los Angeles ont une capacité à être toujours en mouvement. Je regrette que Paris ne soit pas à Nice.

Vous revenez, parfois ?
Oui, mais toujours pour le ciné. J’ai rendez-vous avec le festival de Cannes. J’ai eu l’occasion d'y connaître deux univers. La montée des marches, si tendue, avec deux films en sélection officielle. Et puis je repense à mes 15 ans, quand je restais posté derrière les barrières. Je me demande encore comment on peut dépenser autant de temps et d’énergie pour simplement apercevoir une vedette. C’est drôle de voir l’envers du décor maintenant. J’aime à dire que je connais Cannes l’hiver. Eh ouais.

On vous perçoit comme un homme imprévisible...
Je n’aime pas refaire la même chose. Je me laisse guider par l’intuition, un récit qui me hante. J’ai écrit un roman sur le chamanisme que j’ai découvert en Amazonie. J’y vais depuis 10 ans, à la rencontre de la tribu Shipibo. J’en ai fait un documentaire, D’Autres mondes. Mon cinéma est ecclésiastique parce que je ne le dirige pas. Je pars d’un scénario, c’est ma ligne directrice. 99 Francs me semblait impossible à adapter et pourtant j’ai été réveillé par une solution possible. Le cinéaste dort en moi.
Fou ? Tous les cinéastes le sont, dans le sens où ils perçoivent les choses autrement. On leur confie malgré tout la gestion d'une PME.

Les gens connaissent plus vos films que votre identité, non ?
Je ne suis pas une vedette. Pour moi, le cinéaste est un artisan. Ce qui ne l’empêche pas de faire du bel artisanat. Et puis faire un film, c’est un travail de groupe. La notoriété aide seulement à monter des projets. La profession sait qui je suis, c’est le principal. Le fait de ne pas être reconnu dans la rue me va très bien.
Dans les rencontres avec le public, je fais le même débat quel que soit le nombre de gens. C’est simplement du respect pour ceux qui sont venus me voir. Je suis mal élevé dans mes films mais bien élevé dans la vie.